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Mardi 13 mars : expression écrite (synthèse)
Un rapport s'inquiète de
l’hypersexualisation des enfants
LEMONDE.FR avec AFP | 05.03.12
L'"hypersexualisation" des enfants est un
phénomène encore marginal en France
mais qui inquiète les parents. Voilà les conclusions d'un rapport de la
sénatrice UMP Chantal Jouanno, qui propose une série de mesures, comme
l'interdiction de la promotion d'images sexualisées des enfants. Dans ce
rapport, remis lundi 5 mars au ministère des solidarités, l'ancienne ministre
des sports parle d'un "phénomène de plus en plus présent".
L'"hypersexualisation" des enfants, et notamment des
fillettes, renvoie "à la sexualisation de leurs expressions, postures
ou codes vestimentaires, jugés trop précoces", explique le rapport de
Chantal Jouanno, chargée par la ministre Roselyne Bachelot de réfléchir au
phénomène et aux moyens de l'endiguer.
A l'origine de cette mission : la parution de
photos dans le magazine Vogue français de décembre 2010 mettant en
scène une petite fille dans des tenues et postures suggestives dérangeantes,
qui ont surtout fait scandale... aux Etats-Unis. "La vague de
l'hypersexualisation n'a pas encore massivement touché nos enfants",
constate Mme Jouanno. Pour autant, "les parents sont
légitimement inquiets", estime-t-elle, soulignant par exemple que l'"hypersexualisation
participe au développement de conduites à risque", notamment à
l'anorexie prépubère.
Si tout le monde en France s'accorde à condamner le
phénomène, "le consensus est fragile" et "susceptible
de craquer", explique Chantal Jouanno. En effet, "la société
dans son ensemble est hypersexualisée, dès le plus jeune âge on voit apparaître
des stéréotypes très clivés garçons-filles, et il y a une puissance du
marketing colossale pour rompre la barrière des âges et inciter à adopter des
comportements d'adolescents", poursuit-elle. Elle fait donc une série
de recommandations, et suggère par exemple d'interdire qu'un enfant puisse être
l'égérie d'une marque avant l'âge de 16 ans. "Symboliquement, je
propose aussi d'interdire les concours de mini-miss", dit-elle.
La rapport suggère encore la mise en place d'une "charte
de l'enfant", qui traduise les principes de l'intérêt supérieur de
l'enfant dans l'éducation, la consommation ou les médias. Il propose aussi de
s'inspirer d'un dispositif mis en place au Royaume-Uni qui consiste à élaborer
une charte qui serait signée entre les pouvoirs publics et les acteurs
économiques et recommanderait les caractéristiques de produits destinés aux
enfants. Par exemple, au Royaume-Uni, le document préconise que les coupes des
vêtements soient adaptées et demande de renoncer aux soutien-gorges
ampliformes. Chaque citoyen peut en outre signaler sur un site Internet les
produits qu'il juge inappropriés.
Dernier champ d'action, l'information et l'éducation des
parents comme des enfants, via les CAF (caisses d'allocations familiales) ou
l'Education nationale. Le rapport va jusqu'à recommander «une harmonisation
des règlements intérieurs quant aux tenues vestimentaires afin de définir un
socle de principes sur le caractère "respectable" des tenues»...
Un débat qui promet d'être long, tant, explique Chantal Jouanno, «la
société dans son ensemble est hypersexualisée».
«L'hypersexualisation touche la société
entière, pas uniquement les petites filles»
www.liberation.fr, lundi 5 mars 2012, propos
recueilli par Sylvain Mouillard
Michel Fize est sociologue au CNRS et auteur de l'ouvrage les
Nouvelles Adolescentes, 25 questions décisives (Armand Colin, 2010). Il se
montre critique sur le rapport consacré à l'hypersexualisation des jeunes
enfants, remis ce lundi par Chantal Jouanno.
Que pensez-vous de ce rapport ?
Il n'est pas bon et surtout complètement inutile. C'est un
tissu de fantasmes adultes, un rapport féministe de mauvaise facture où on
mélange tout : la pornographie, l'égalité entre les sexes, etc. J'ai trop
de respect pour la cause féministe pour cautionner ce qu'on lit dans ce texte.
Le premier problème, c'est le choix du vocabulaire. L'hypersexualisation est un
terme nord-américain qui fait débat et qu'on peine à définir correctement. Mais
comme c'est l'usage courant, on a décidé de le retenir. Chantal Jouanno est
partie de deux faits-divers : l'interdiction d'un concours de mini-miss à
Auch et la fameuse photo de la mannequin de 10 ans dans Vogue. Il
n'y avait pas besoin de quatre mois de travail pour arriver à ces conclusions
évidentes : il faut contenir la pornographie visuelle, ou éliminer
certains concours de miss qui dépassent la mesure.
Comment définissez-vous l'hypersexualisation alors
? Et pourquoi ce terme n'est-il pas pertinent selon vous ?
L'hypersexualisation consiste à donner un caractère sexuel
à un comportement ou un objet qui n'en a pas en soi. Pour qu'il y ait
hypersexualisation, il faut qu'on détecte une intention vérifiée. Or, pour moi,
les filles de 8-12 ans ne sont plus des enfants. Elles voient des choses
sexuelles, mais ne sont pas dans l'intention au sens de passer à l'acte. La
preuve en est que l'âge moyen du premier rapport sexuel - autour de 17 ans -
n'a pas changé depuis des années. Mais elles veulent séduire - comme les
garçons d'ailleurs - plaire, être «populaires», aimées, admirées. Le vêtement
vient au secours de la séduction. Je revendique le terme d'hyperféminisation.
Il y a aujourd'hui chez les petites filles une affirmation et une fierté de la
féminité. Mais on s'est passé de leur point de vue dans ce rapport. Chantal
Jouanno se trompe aussi quand elle parle des rapports de soumission qui
pourraient apparaître. Les petites filles maîtrisent complètement l'égalité des
sexes.
Néanmoins, même si ça n'est pas perçu comme tel par
les jeunes filles, il peut y avoir une hypersexualisation projetée par les
adultes...
Bien sûr. Mais l'hypersexualisation touche la société tout
entière, pas uniquement les petites filles. Quand on se place du côté de la
société, on voit bien qu'il y a un projet d'utilisation du sexe à des fins
mercantiles. Mais dire que l'on va interdire toute manifestation mettant en
scène des moins de 16 ans me paraît utopique. Il y a des talents qui
s'expriment avant cet âge. Néanmoins, on peut reconnaître qu'on n'est pas obligé
de déshabiller les petites filles dans les défilés de mode, par exemple.
Quelles mesures vous paraissent utiles ?
Il faut apporter des réponses déontologiques pour protéger
les petites filles des dangers qu'elles ne voient pas. Une charte me paraît
utile. Tout ce qui permet l'information des parents sur les mécanismes
médiatico-publicitaires également. Mais plutôt que de faire des filles des
boucs émissaires, il faut bien se rendre compte que c'est la société qui est
hypersexualisée. Si on va au bout de la logique, il va falloir interdire
l'hypersexualisation des animatrices télé ou des chanteuses.
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